Rendez vous à 8h30 pétantes au club des hospit’ de jour. Une animatrice en blouse blanche (communément appelée “Gentille Infirmière”) nous conduit jusqu’à notre emplacement : un joli petit box, où le soleil matinal lèche déjà les vitres crasseuses. Elle nous annonce le programme de la matinée : prise de sang, ponction lombaire et biopsie cutanée ; l’animation de l’après-midi nous conduira en radiologie pour une IRM cérébrale et médullaire, mais bon, ça on connait déjà, Yonis en a eu 5 depuis sa naissance… Nous nous installons, et sortons de la glacière la bouteille d’urines recueillies pendant la nuit. La journée va être longue !
Vers 10h, les médecins finissent par pointer le bout de leur nez. En même temps, on peut pas leur en vouloir : c’est les vacances… On leur rappelle tout de même que Bébé est à jeun depuis la veille, et qu’il devra aussi l’être 4h avant l’IRM ; cette dernière étant prévue à 14h30, le calcul est vite fait : les docs n’ont plus qu’1/2 heure pour torcher le programme du matin !
Ok, c’est parti : je laisse Yonis et son papa partager ces moments forts entre hommes ; c’est pas que j’ai pas envie de participer, mais les piqûres, ça me donne le tournis, alors je préfère m’éclipser à la cafet’, pour siroter un soda devant la faune grouillante des urgences, entre petits bobos, syndrome grippal et bonne gastro. Nous aussi, on va souvent au zoo, mais cette fois-ci on a un pass “VIP”, et l’attente est moins longue (ou presque…).
A mon retour, les garçons me racontent comment ça s’est passé : ils ont fait deux équipes, Yonis et son père d’un coté, les blouses blanches de l’autre ; tandis que deux défenseurs maintenaient Bébé en position assise, un attaquant lui ponctionnait quelques tubes de liquide céphalo-rachidien. Hurlant d’excitation, Bébé, bien décidé à ne pas se laisser faire, ne tarda pas à devenir violet, ce qui lui donna droit à une bonne rasade d’oxygène. Heureusement, son père était là pour l’encourager. Puis, après un plaquage de toute beauté, l’attaquant en dossard blanc préleva un petit bout de la peau du bras de Bébé. La fin du match fut sifflée, et on nous donna de jolis pansements en guise de lot de consolation. Bref, on a perdu 2-0, mais ils étaient en surnombre ! Pas grave, on reviendra…
C’est l’heure du déjeuner. Au menu, biberon vite avalé pour Bébé et barres chocolatées pour les grands. On profite de notre box, et l’envie d’y faire une sieste est grande, bercé par le va et vient des Gentilles Infirmières. Pas question ! Yonis doit rester éveillé jusqu’à l’IRM.
14h30, en route pour les locaux immaculés de la radiologie. Yonis n’a pas perdu sa bonne humeur : il est sage comme une Image (à Résonance Magnétique, bien sûr). Une hôtesse lui offre un cocktail par voie rectale et nous explique le déroulement de l’attraction : on attend sournoisement que Bébé sombre dans un profond sommeil pour le saucissonner sur une planche de bois ; une fois momifié, il passera une bonne demie-heure dans un tunnel à 120 décibels, sorte de Space Mountain aseptisé. Je m’inquiète : Yonis, qui passe sa vie en couches, risque de surchauffer sous ses bandelettes. Et s’il convulse ? Pas de panique, me répond l’hôtesse, c’est une zone surveillée, le maître-imageur observe tout derrière ses jumelles.
14h45 : la bête s’est endormie. 15h00 : je retourne siroter un soda devant le ballet des points de sutures, des plâtres et du vomi contaminé des urgences. 15h30, le papa de la bête s’est endormi. 16h : la batterie du téléphone du papa de la bête n’a plus de jus, mettant fin à ma partie de tétris (dommage, j’avais un super score…). 16h30 : le papa de la bête, très mal réveillé, sort du box en furie : la bête ne va pas dormir éternellement et ça fait 2h qu’on attend la momification ! C’est les vacances, mais quand même… L’hôtesse nous rétorque qu’un autre bébé est saucissonné depuis plus d’1h30 et qu’il attend lui aussi, je la soupçonne d’avoir des problèmes d’organisation, elle me répond que non, je lui propose un combat de catch dans la boue pour régler nos différents, elle n’a pas de maillot de bain, on met fin à la conversation. A 17h, les hommes de main en blouse blanche viennent emmailloter la bête ; elle se réveille, forcément… Mais l’excursion dans le tunnel nucléaire se passe bien et nous quittons enfin la radiologie, 1h plus tard, des images cérébrales plein la tête.
Une bien belle journée à Trousseau-sur-Mer, riche en activités et en émotions. Comme quoi, pas besoin de partir à babel oued pour s’éclater, suffit d’un bon programme et de quelques partenaires de jeu bien choisis…
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